İhsan Raif

De femmes auteures de la Turquie

IHSAN RAIF HANIM (1877 Beyrouth - 1926 Paris) Née à Beyrouth en 1877, Ihsan Raif est la fille ainée de Servet Hanim (mort en 1913), originaire d’une famille d’Adyguéens et de l’homme d’état renommé Köse Mehmet Raif Pacha (1826-1913). Elle a cinq frères et sœur : Fatma Belkis Erisken (1885-1950), Süleyman Suat mort dans un accident en 1913, Mehmet Fuat Kösearif (1868-1949) fondateur de l'Association Turque, Ethem Ragip Kösearif (1870-1946) l’ambassadeur et Abdüllatif Nihat Kösearif (1875-1928) employé des affaires étrangères.

Formé par le grand vizir Midhat Pacha, son père souvent assigné en province par le Sultan Abdülhamid qui le dédaignait et le redoutait, envoie ses fils en Europe afin d’étudier tandis que ses filles voyageant avec lui sont instruites à la maison par des professeurs expérimentés. À Adana, Ihsan Raif suit des cours de Danyal Efendi et établie ainsi des relations avec des arméniens cependant que Tevfik Lami Bey l’initie à la musique et au français.

On peut penser que sa famille eut une certaine influence dans le développement de son caractère intellectuel étant donné que l’un des linguistes fondateurs du courant de littérature nationaliste est son frère Mehmed Fuat et l’écrivain renommé Halit Ziya Usakligil est son beau-frère. Parallèlement, l’ami de ses parents, le poète et philosophe Riza Tevfik (Bölükbasi) joue un rôle important dans son évolution poétique. D’ailleurs, bien que l’opinion générale tende à penser qu’Ihsan Raif a débuté sa carrière sous l’influence de ce dernier, mais pourtant ses premiers poèmes sont publiés dans le magazine féminin Mehasin (l’Esthétique) avant qu’elle ne le rencontre. Avec la restauration de la Constitution en 1908, les femmes ont désormais l’opportunité de s’exprimer. Cela explique la multiplication des magazines féminins. À cette époque, Ihsan Raif, ardente défenseuse des droits des femmes, fait partie de ceux réclamant l’ouverture d’universités réservées aux femmes.

Elle se porte volontaire comme infirmière dans l’organisation Hilal-i Ahmer (Croissant Rouge) pendant la Guerre Balkanique et décrit ses expériences dans ses poèmes. Elle milite également activement dans la branche réservée aux femmes de l’organisation Müdaafa-i Milliye (Défense Nationale). Suite à la défaite dans les Balkans, elle déclame des poèmes avec d’autres auteurs femmes comme Fatma Aliye ou Halide Edip lors de la manifestation organisée par Müdaafa-i Hukuk (Défense des Droits).

Ihsan Raif est la première à mélanger les formes métriques syllabiques avec le style poétique de la littérature populaire. Ses poèmes sur le patriotisme sont publiés dans le magazine Mehasin en même temps que les textes de Halide Edip, Emine Semiye, Sükufe Nihal et Fatma Aliye encore méconnues du grand public. En 1912, le magazine Rübab qui encourage les nouveaux talents mais aussi les auteurs et poètes femmes, publie ses poèmes signés I.R. C’est ainsi qu’elle fait la connaissance de Sahabettin Süleyman, le rédacteur du magazine et son troisième mari. En 1912 elle publie en pamphlet Ey Ehl-i Islam (Ô les Enfants de l’Islam), un poème de quatre pages dédié à l’armée. En 1914, elle réunit une cinquantaine de ses poèmes publiés dans Mehasin et Rübab dans un livre intitulé Gözyaslari (Larmes). Cet œuvre se compose de quatre chapitres aux titres Gözyaslari, Feryatlar (Cris), Yeisler (Désespérances), Garip demler (Moments Poignants), Sevdalar (Amours).

Son livre fait parler d’elle. Selon le romancier Selahattin Enis, elle est une des rares à utiliser les thèmes de l’amour et de l’exaltation, quand la plupart des poètes nationalistes s'emploient à décrire uniquement les vertus du patriotisme. La même année, elle publie un pamphlet de seize pages, Kadin ve Vatan (Femme et Nation). Elle y sublime la maternité et glorifie les services que les femmes turques rendent à leur patrie en engendrant un fils. La recette générée par l’ouvrage est versée aux forces navales ottomanes.

Elle meurt avant de mettre un point final à son dernier ouvrage Yedi Dağın Gülleri (Roses de Sept Montagnes). Le premier de ses quatre mariages, imposé par son père, avec Mehmet Ali Bora dure quinze ans. Ensemble ils ont eu trois enfants : Ahmet Hikmet Bora (1891-1970), Hatice Mehrüba Atay (1895- 1984) et Mehmet Akif Bora (1899- 1972). Livrant ses sentiments d’amour et de haine à travers ses poèmes Ihsan Raif les exprime ainsi pour son premier mari : “Sabreyle Ali, bir gün olup mat olacaksin; Ölsen dahi sen lanet ile yad olacaksin” (Patience Ali, un jour tu seras réduit au silence; Même mort tu seras remémoré avec répugnance) Après son deuxième mariage qui n’a duré que deux ans, elle se marie avec Sahabettin Süleyman, écrivain renommé et rédacteur du magazine Rübab. Six ans plus tard, Sahabettin décède des suites de la grippe espagnole alors qu’il se trouve en cure dans les montagnes Suisses. Peu de temps après cet évènement, Ihsan Raif se marie une quatrième fois en Suisse avec un poète strasbourgeois nommé Bel qui, après cette rencontre, se convertit à l’Islam et prend le nom de Hüsrev. Avec ce dernier mariage, la poétesse devient sujette aux commérages ce qui relègue la réussite de ses poèmes au second plan. Elle vit en Suisse avec son dernier mari et voyage souvent dans les autres pays européens comme la France et la Belgique. Une dernière fois elle se rend à Paris pour une intervention médicale et y meurt à l’âge de 49 ans suite à une opération de l’appendicite. Elle est enterrée à Istanbul.

Après sa mort, les journaux rendent hommage à ses poèmes. Un article publié dans le magazine Servet-i Fünun (Trésors des Sciences) souligne son statut de pionnier à travers ces lignes : « La première à utiliser le mètre syllabique dans ses poèmes fervents bien avant son époque, Ihsan Raif Hanim vivra dans nos mémoires. » Ihsan Raif a réalisé dix-neuf compositions musicales à partir de ses poèmes et les récite elle-même au piano. Jusqu’à aujourd'hui, de nombreux autres musiciens ont utilisé ses poèmes sans citer son nom.

Ses poèmes comme beaucoup d’autres ouvrages ottomans n’ont pas été transcrits en lettres latines après la réforme de l’écriture. En 1958, Kenan Akyüz transcrit et réunit dans l’Anthologie de la Poésie Turque sous l’Influence de l’Occident, onze de ses poèmes publiés dans Gözyaslari. D’après lui, Ihsan Raif est la plus lyrique des poétesses turques.

En 1987, Hüveyla Coskuntürk publie un recueil de certains de ses poèmes et sa biographie dans une série d’édition du Ministère de la Culture. Ce n’est qu’en 2001 que tous ses poèmes sont transcrits en caractères latins et publiés par Cemil Öztürk dans son ouvrage sur la poétesse. Dans ce livre, Cemil Öztürk ne donne pas d’information sur la position d’Ihsan Raif dans le mouvement des femmes ni dans la littérature féminine tandis que Hüveyla Coskuntürk insiste sur l’importance de ces points.

Ses Œuvres :
Ihsan Raif Hanim. Ey Ehl-i Islâm. Muhterem Askerlerimize Hediye. Istanbul: Karabet Matbaasi, 1912.
_____________. Gözyaslari. Istanbul: Ahmet Ihsan ve Sürekâsi, Matbaa-i Halk-i Osmanli Sirketi, 1914.
______________. Kadin ve Vatan. Istanbul: Ahmet Ihsan ve Sürekâsi, Matbaa-i Halk-i Osmanli Sirketi, 1914.

Ouvrages sur elle:
Çoskuntürk, Hüveyla. Ihsan Raif Hanim. Ankara: Kültür ve Turizm Bakanligi Yayinlari, 1987.
Öztürk, Cemil. Ihsan Raif Hanim. Yasami, Sanatçi Kisiligi, Yayimlanmis ve Yayimlanmamis Bütün Siirleri. Istanbul: Bogaziçi Üniversitesi Yayinevi, 2002.

Anthologies et Histoires de la Littérature : Akyüz, Kenan. Bati Tesirinde Türk Siiri Antolojisi. Ankara: Dogus Matbaasi, 1958. (Istanbul: Inkilap Kitabevi, 2010).
___________. Türk Edebiyatinin Ana Çizgileri. Istanbul: Inkilâp Kitabevi, 1981. 176.
Banarli, Nihad Sami. Resimli Türk Edebiyati Tarihi. Ankara: MEB Yayinlari, 2001.
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Articles :
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Bölükbasi Riza Tevfik. “Ihsan Raif Hanimefendi”. Nevsal-i Milli, 1914: 237-240.
Celasin, Zehra. Tarih Boyunca Kadinlik. Istanbul: Ülkü Kitabevi, 1946.
Cunbur, Müjgan. Türk Kadininin Siiri. Ankara: Kadinin Sosyal Hayatini Tetkik Kurumu, 1970.
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