Nezihe Muhittin

De femmes auteures de la Turquie

NEZIHE MUHIDDIN (1889 -1958) “L’idéal féministe est mon propre idéal.”

Fondatrice du Parti des Femmes pour le Peuple, le premier parti politique de la République de Turquie. Figure la plus importante du mouvement féministe de la période de transition de l’Empire Ottoman à la République. Rédactrice en chef des magazines Kadin Yolu (Manière de Femmes) (1925) et Türk Kadin Yolu (Manière de Femmes Turques) (1925-1927).

Née en 1889 à Kandilli, Istanbul, Nezihe Muhiddin est la fille du procureur Muhiddin Bey et Zehra Hanim. Elle a un frère, Faik Muhiddin (Adam). Sa mère est la petite-fille du commandant de l’armée Agha Huseyin Pacha et la fille d’Ali Sevket Pacha. Nezihe Muhiddin débute sa formation à l’école publique de Kandilli et s’inscrit, à onze ans, à l’école de formation des instituteurs. N’étant pas satisfaite de l’enseignement de l’établissement, elle et son frère prennent des cours à la maison donnés par des professeurs privés qui l’instruisent dans les langues et les littératures persane, arabe, française et allemande. Cependant, elle considère sa cousine Nakiye Hanim qui est impliquée dans le mouvement féministe et écrit des articles sous le nom de plume Zekiye dans le premier journal destiné aux femmes Hanimlara Mahsus Gazete (Journal Privé aux Femmes), comme sa première formatrice. Les discussions entre sa mère et Nakiye Hanim sur des sujets allant de la littérature aux questions sociales et les réunions organisées à la maison par cette dernière donnent forme à ses pensées. À huit ans, elle assiste déjà sa mère lors des organisations caritatives des femmes ; Nakiye Hanim la présente au grand auteur Fatma Aliye avec qui elle entretiendra une relation durable. Nezihe Muhiddin qui a un parcours professionnel très productif, ne fait pas d’études supérieures mais, à vingt ans, en autodidacte elle réussit les examens en sciences exactes du Ministère de l’Éducation et se voit affecter comme enseignante au lycée des jeunes filles et aussi comme directrice de l’École de l’Industrie de l’Union et Progrès pour les jeunes filles. Elle devient, par la suite, rapporteuse pour le Ministère de l’Éducation, directrice dans diverses écoles et inspectrice des écoles primaires et étrangères.

Nezihe Muhiddin se marie deux fois. Son premier mariage avec Muhlis Bey ne dure que très peu de temps. De son deuxième mariage avec l’inspecteur du travail Memduh Tepedelengil, nait un fils, Malik. Cependant de toute sa carrière elle ne portera pas le nom de son époux mais celui de son père, Muhiddin.

Son premier roman Sebab-i Tebah (La Jeunesse Gâchée) est publié en 1911 sous le nom de Nezihe Muhlis. Encouragée par l’écrivain célèbre Hüseyin Rahmi Gürpinar, elle publie ses nouvelles et ses essaies littéraire et artistique d’abord dans le magazine Edebiyat-i Umumiye (La Littérature Commune) et ensuite dans Kadin Yolu (Manière de Femmes), Resimli Sark (l’Orient Illustré) et Bogaziçi (Le Bosphore). Prolifique et désignée par la presse comme edibe-i sehire (l’illustre littérateur), elle publie dix-sept romans et près de trois cents nouvelles entre 1911-1944. Yaprak Zihnioglu qui avait publié une étude complète intitulée Kadinsiz Inkilap (La Réforme sans Femme) sur Nezihe Muhiddin en 2003, réunit les transcriptions de ses romans ainsi que ses nouvelles et articles dans un ensemble de quatre volumes édité chez Éditions Kitap en 2006.

Également active dans des organisations civiles et caritatives, elle est la fondatrice de l’Association de Soutien des Femmes Ottoman-Turques (Osmanli-Türk Hanimlari Esirgeme Dernegi) qui a pour but d’aider les orphelins et les femmes en besoin et membre du Conseil des Ottomanes pour la Défense Nationale (Müdafaa-i Milliye Osmanli Hanimlar Heyeti). Toutefois considérant le soutien associatif insuffisant, elle s’engage aussi politiquement.

Le 16 juin 1923, bien avant le Parti Républicain du Peuple de Mustafa Kemal, elle fonde le premier parti de la république. Le Parti des Femmes du Peuple milite pour les droits des femmes. En revanche, le gouvernement ne donnera pas son accord pour l’officialisation du parti en publiant sa décision dans le journal officiel. Cependant, en attendant que le gouvernement prenne sa décision, le parti permettra aux femmes de s’organiser et obtiendra un soutien au niveau national. Nullement découragées, Nezihe Muhiddin et ses amies poursuivent leur but dans le cadre de l’Union des Femmes Turques qu’elles fondent en 1924. Réclamant les droits politiques des femmes comme le droit de vote et l’éligibilité, l’Union publie le magazine Kadin Yolu à partir de 1925.

Par la suite, comme documenté par Yaprak Zihnioglu dans son ouvrage, le gouvernement considére Nezihe Muhiddin « dangereuse » et l’écarte des politiques à la suite d’une campagne diffamatoire. Accusée de détournement de fonds de l’Union, le gouvernement arrête leurs activités et elle est attaquée en justice plusieurs fois entre 1927 et 1929. En 1929, elle se voit graciée. En 1930, elle rejoint, avec l’écrivaine Suat Dervis, le Parti Républicain Indépendant (Serbest Cumhuriyet Firkasi) qui lutte aussi pour les droits de vote des femmes. La même année, les femmes obtiennent le droit de vote et l’éligibilité aux élections municipales. Les deux écrivaines se présentent aux élections, mais c’est un échec pour elles et le parti. Cette initiative est la dernière action politique de Nezihe Muhiddin. Embarrassée, elle vivra plutôt recluse et s’adonnera à la littérature et à l’enseignement.

En 1931, elle publie son œuvre Türk Kadini (La Femme Turque) traitant le mouvement des femmes ottomanes jusqu’à la fondation de la République qui est une source fondamentale encore de nos jours. Aysegül Baykan et Belma Ötüs-Baskett rééditent cet ouvrage sous le nom de Nezihe Muhittin ve Türk Kadini en 1999. Déçue et amère, elle écrit la plupart de ses romans pendant cette période d’isolement. Toutefois, elle continue à accueillir ses amies écrivaines comme Yasar Nezihe, Sükûfe Nihal chez elle et rend visite régulièrement à Fatma Aliye. Le 10 février 1958, elle meurt seule à l’hôpital psychiatrique La Paix.

Classés parmi les “romans sentimentaux” de son époque, ses romans que l’on peut considérer comme novellas, véhiculent des messages didactiques. Explorant les thèmes de l’amour, le mariage, la maternité, la sexualité autour des expériences des femmes, Nezihe Muhiddin guide les femmes et les informe à propos de la nouvelle condition féminine sous le nouveau régime.

Ses Œuvres :
Muhlis, Nezihe. Sebab-i Tebah (Harcanan Gençlik). Istanbul: Muhtar Halid Külliyati, 1911.
Muhittin, Nezihe.( Mehmet Rauf ile birlikte). Talih mi?- Evlat Aski. Istanbul: Matbaa-i Orhaniye, 1928.
Muhittin, Nezihe. Benligim Benimdir. Istanbul: Sudi Kitaphanesi,1929.
______________. Türk Kadini. Istanbul: Nümune Matbaasi, 1931.
______________. Güzellik Kraliçesi. Istanbul: Resimli Ay Matbaasi, 1933.
______________. Bozkurt: Küçük Mehmet’in Romani. Istanbul: Anadolu Türk Kütüphanesi, 1934.
______________. Haydudun Sonu. Istanbul: Anadolu Kütüphanesi, 1934.
______________. Istanbul’da Bir Landro. Istanbul: Numune Matbaasi, 1934.
______________. Kevser Nine. Istanbul: Anadolu Kütüphanesi, 1934.
______________. Ates Böcekleri. Istanbul: Hilmi Kitabevi, 1936.
______________. Bir Ask Böyle Söndü. Istanbul: Inkilâp Kitabevi, 1939.
______________. Çiplak Model. Istanbul: Arif Bolat Kitabevi, 1943.
______________. Izmir Çocugu. Istanbul: Hilmi Kitabevi, 1943.
______________. Avare Kadin. Istanbul: Arif Bolat Kitabevi, 1943.
______________. Bir Yaz Gecesiydi. Istanbul: Arif Bolat Kitabevi, 1943.
______________. Çingirakli Yilan. Istanbul: Arif Bolat Kitabevi, 1943.
______________. Kalbim Senindir. Istanbul: Arif Bolat Kitabevi, 1943.
______________. Gene Geleceksin. Istanbul: Arif Bolat Kitabevi, 1944.
______________. Sus Kalbim Sus. Istanbul: Arif Bolat Kitabevi, 1944.
______________. Sabah Oluyor. Istanbul: Arif Bolat Kitabevi, 1944.

Les Thèses :
Cosar, Seda. “The reflections of the Ottoman-Turkish feminism on the literary Works of Nezihe Muhittin”. Yayinlanmamis yüksek lisans tezi. Ankara: Orta Dogu Teknik Üniversitesi, 2006.
Güç, Hüseyin. “Nezihe Muhittin’in Hayati ve Romanlari Üzerinde Bir Inceleme”. Kirikkale: Kirikkale Üniversitesi, Erdogan, Türkan. “Nezihe Muhittin’in Romanlarinda Kadin ve Sosyal Degisme”. Ankara: Hacettepe Üniversitesi, 1998.
Yesil, Nülüfer. “Nezihe Muhiddin, Kadin Gotigi ve Gotik Kahramanlar”. Yayinlanmamis Yüksek Lisans Tezi. Ankara: Bilkent Üniversitesi, 2009.

Les études sur Nezihe Muhiddin :
Baykan, Aysegül ve Belma Ötüs-Baskett. Nezihe Muhittin ve Türk Kadini 1931. Istanbul: Iletisim Yayinlari, 1999.
Çakir, Serpil. ”Nezihe Muhittin (1889-1958)”. A Biographical Dictionary of Women’s Movements and Feminisms. Central, Eastern, and South Eastern Europe, 19th and 20th Centuries. Ed. Francisca de Haan, Krassimira Daskalova and Anna Loutfi. Budapeste ve New York: Central European University Press, 2006. 356-359.
Çakir, Serpil. “Kadin Tarihinden Iki Isim: Ulviye Mevlan-Nezihe Muhittin”. Toplumsal Tarih 8 (46), 1997. 6-14. Toprak, Zafer. “Halk Firkasindan Önce Kurulan Parti: Kadinlar Halk Firkasi”. Tarih ve Toplum 9 (51), 1988, 30-1.
Zihnioglu, Yaprak. “Bir Osmanli Türk Kadini Haklari Savunucusu”. Tarih ve Toplum (31), 1999.
______________. “Kisa Yasam Öyküsü, Yetistigi Ortam ve Kadinlardan Etkiler: Nezihe Muhittin”. Tarih ve Toplum (33) 195, 2000.
______________. “Kadin Inkilâbi”. Tarih ve Toplum. (35) 207, 2001.
______________. Kadinsiz Inkilâp Nezihe Muhittin, Kadinlar Halk Firkasi, Kadin Birligi. Istanbul: Metis Yayinlari, 2003.
______________. (Ed) Nezihe Muhiddin: Bütün Eserleri 1.(4 cilt) Istanbul: Kitap Yayinevi, Mor Kitaplik Kadin Tarihi ve Eserleri Serisi, 2006.

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