Zafer hanım

De femmes auteures de la Turquie

Zafer hanım Son roman ``Aşk-ı Vatan’’ (L’amour de la patrie) a été publié en 1877. On peut ainsi la considérer comme la première femme écrivain de la littérature turque. Avant que ce roman ne soit découvert en 1994 par Zehra Toska et prenne sa place dans la littérature, c’est Fatma Aliye qui était considérée comme la première femme écrivain turque. C’est encore le cas aujourd’hui, car si le roman de Zafer hanım précède certes les livres de Fatma Aliye il est unique alors que Fatma Aliye est l’auteur de cinq romans. Zehra Toska a transcrit le roman en caractères latins, l’a simplifié et l’a fait précéder d’une note de présentation critique.

Dans la préface de son roman intitulée ``La situation telle qu`elle est’’ Zafer hanım précise que la totalité des revenus de son livre sera consacrée aux soldats blessés de la guerre russoottomane alors en cours ``ce grand mal qui ravage la patrie’’ et qu’elle-même n’étant qu’une faible femme privée de l’honneur de prendre les armes pour la défendre a eu le courage, pour servir son pays, de ``griffonner ces quelques lignes sans importance’’. Ce livre, comme le remarque Z. Toska, est ainsi le premier de ces romans écrits par des femmes écrivains telle Ayşe Zekiye, en faveur d’une oeuvre de bienfaisance.

Il apparait clairement que Zafer hanım souffre de ce manque de confiance en soi qui est le lot de toutes les femmes écrivains partout dans le monde à cette époque. Dans sa préface, Zafer hanım déclare d’emblée que l’on trouvera certainement de nombreuses erreurs dans les écrits d’une femme dépourvue de talent et de connaissances et prie ceux qui critiqueront le livre de ne pas prêter attention à ses imperfections probables et de ne le considérer que comme une oeuvre écrite sur l’instigation de sentiments patriotiques. Mais elle a eu le courage de publier son roman sous son propre nom, Zafer. Elle a ainsi, en dépit de son peu de confiance en ellemême franchi un pas plus audacieux que Fatma Aliye qui a signé ses livres, pourtant postérieurs, ``Une femme’’ ou ``L’interprète d’une vision’’. ``L’amour de la patrie’’ est publié comme ``l’oeuvre manuscrite de Zafer hanım, épouse du regretté Kabuli pacha’’. Dans sa note de présentation Z. Toska précise que nous devons le peu que l’on connaisse de la vie de Zafer hanım à l’oeuvre de Mehmet Zihni Efendi ``Meşahirü’n-Nisa’’ (Encyclopédie des femmes célèbres). D’après Mehmet Zihni Efendi son contemporain, Zafer hanım est issue de la famille de Fuad pacha. Son époux, le pacha Mehmet Kabuli serait mort deux ans avant la parution du roman.

Après la publication de son livre les journaux voient en elle la première femme écrivain contemporaine. Ahmet Zihni précise que son style est supérieur à ce qu’on pouvait attendre d’une femme et que son sujet est tiré de la vie réelle ou peut-être une traduction (rapporté par Z. Toska, 8).

``L’amour de la patrie’’ est la première oeuvre écrite par une femme traitant du système institutionnalisé (cariyelik kurumu) des femmes esclaves, tout à la fois servantes et concubines.

Le sujet du roman est l’histoire de deux femmes espagnoles enlevées et vendues à Istanbul pour servir d’odalisque. Le maître imaginé et dépeint par Zafer hanım est aimable, compréhensif, généreux et tout le long du roman elle insiste sur le fait que les deux femmes européennes mènent une vie agréable dans sa maison, ce qui laisse supposer qu’elle n’est pas mal disposée envers cette institution orientale de la servitude des femmes recluses dans un harem.

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